Déclaration des parents à l’issue de leurs recherches lors du colloque à Sciences Po Paris en 2008

 

« Quels que soient les thèmes des recherches que nous avons choisis, nous avons été amenés à traiter de façon directe ou indirecte la question de la transmission entre parents et enfants et la question de la cohérence éducative.

Ce qui rend difficile la transmission

L’éducation est une affaire de transmission. Transmission de valeurs, de comportements, d’habitudes, de règles.
Mais comment fait-on, en tant que parents, pour assurer ce rôle ? Quel sont les processus de transmission ? Qu’est ce qui facilite cette transmission ? Qu’est ce qui la rend plus difficile ?

La société véhicule des injonctions contradictoires entre elles

L’UPP de Vénissieux a montré, dans sa recherche, qu’en tant que parents, nous recevons des messages multiples de la société par l’intermédiaire de la publicité, des magazines, des travailleurs sociaux, des émissions comme « Super Nanny », de l’école sur la manière dont il faut élever les enfants. Mais ces injonctions sont parfois contradictoires entre elles et mouvantes selon les époques : Il faut par exemple avoir de l’autorité, mais ne pas être autoritaire ; il faut accompagner notre enfant, mais favoriser son autonomie, le laisser faire ses expériences, mais le cadrer. Tenir les cadres, punir pour certains, dialoguer pour d’autres.

Nous recevons des injonctions multiples. On s’y perd. A quoi se référer, qui croire ? Des messages qu’on nous envoie sont parfois paradoxaux ; Par exemple,  de plus en plus de parents travaillent en horaires décalés. Or on nous dit à la fois de travailler plus et de s’occuper plus de nos enfants. Comment faire pour répondre en même temps à ces deux demandes?

Séminaire à Lyon

On fait porter aux parents des questions de société non tranchées.

Les parents se retrouvent à gérer et à porter des injonctions paradoxales de la part de la société et à les gérer au sein de la famille.

Ces injonctions sont de plus parfois en décalage avec ce que nous voulons ou pouvons transmettre en fonction de nos contextes de vie.

Ce que nos recherches montrent, celles de Pau, de Vénissieux et du Bassin Minier, c’est que les parents ne peuvent être à l’aise dans la transmission que s’ils s’appuient sur ce qu’ils ont reçu, sur leur culture et histoire. Cela ne veut pas dire transmettre à l’identique TOUT ce qu’ils ont reçu, car il y a parfois des choses qu’ils ne veulent pas retransmettre à leurs enfants. Mais il est indispensable de s’appuyer sur ce qu’ils ont en chacun d’eux. Or ces injonctions sont parfois différentes de ce qu’ils veulent transmettre ou de ce qu’ils peuvent transmettre, parce que c’est très éloigné de ce qu’ils ont reçu. Par exemple, lorsqu’on est de milieu populaire, les valeurs qu’on veut transmettre sont en général les mêmes (le respect) mais on peut le faire de manière très différente.

Ce décalage existe aussi lorsqu’on est issu d’une autre culture.

On voudrait transmettre à ses enfants ce dont on est fier de notre culture d’origine et pourtant, parfois, c’est en contradiction avec ce qui est attendu de la société. De plus ces injonctions sont parfois difficiles à mettre en œuvre  en fonction des contextes de vie. Ce qui est bon dans un contexte familial et social ne l’est pas forcément ailleurs. Certes, les enfants ont besoin d’activités, de sorties dans les musées, mais quand on habite à 50 kilomètres d’une ville, ce n’est pas évident ! Certes, les enfants ont besoin de nature, mais quand on habite dans une cité, ce n’est pas évident !

Il ressort de cette pression de la société sur les parents une fragilisation de ceux-ci, qui ne peuvent plus se faire confiance et sont perdus entre des repères très différents. S’ils tentent de se conformer à ce que l’on attend d’eux, ils se coupent de leurs propres ressources. »